Incarcéré pour association de malfaiteurs, l’ancien président français remis en liberté après 20 jours de détention. 

Certains parlent d’une influence de l’opinion publique, d’un traitement de faveur, et considèrent que la condamnation doit être la même, voire plus sévère pour un président. Au contraire, d’autres soutiennent qu’il n’a rien à faire en prison, saluent une décision juste et digne et parlent même d’un soulagement, de savoir qu’il ne vit plus cette “terrible épreuve”. L’entrée en prison d’un ancien président, il y a de ça un mois, laisse une forte impression et secoue la République. Aussi bien la décision de l’incarcération que celle de la remise en liberté divisent l’opinion publique en France. 

Lundi dernier, le 10 novembre 2025, Nicolas Sarkozy, ancien président de la République française, a été remis en liberté après 20 jours de détention au sein du centre pénitentiaire de La Santé à Paris. Ce dernier avait été condamné le 25 septembre 2025 par le Tribunal judiciaire de Paris, à cinq ans de prison ferme avec mandat de dépôt à effet différé assorti d’une exécution provisoire pour “association de malfaiteurs”, dans l’affaire du financement libyen de 2007. Cette décision d’exécution provisoire avait, par ailleurs, été jugée trop sévère et abusive par ses proches politiques. 

Conformément aux articles 148-1 et 148-2 du Code de procédure pénale, le président a fait appel du verdict prononcé, afin de contester sa détention. La cour d’appel a donc ordonné la remise en liberté du détenu, après avoir jugé que les conditions de maintien en détention dans le cadre de l’exécution provisoire n’étaient plus remplies, ou plutôt justifiées. Pour rendre leur décision, les magistrats se fondent sur les critères de la détention provisoire, puisque, de fait, sa condamnation n’est plus définitive. 

Plus précisément, après une demande de remise en liberté, un condamné reste présumé innocent et sa détention est alors appréciée selon les critères de la détention provisoire, puisque la sentence est remise en question et ce, jusqu’à la décision de l’appel. Ici, en l’occurrence, le procès en appel débutera le 16 mars prochain et en attendant, l’ancien président est placé sous contrôle judiciaire avec interdiction de quitter le territoire ou de rentrer en contact avec l’ensemble des prévenus de l’affaire, les membres du cabinet du ministère de la Justice et le Ministre lui-même, Gérald Darmanin. Celui-ci lui avait rendu visite fin octobre, ce qui a suscité l’inquiétude de certains, notamment concernant l’indépendance des magistrats et de la justice ainsi que la préservation de la sérénité des débats. 

Ce procès, partagé entre critiques et fervents défenseurs du président, marque néanmoins les esprits, car jusqu’alors, aucun ancien chef d’État de l’Union européenne n’avait été incarcéré. Mais alors, pour quels faits fut-il jugé et condamné ? Cette affaire remonte maintenant à 2007, lorsque la Libye était encore dirigée par Mouammar Kadhafi et que les Français s’apprêtaient à élire le successeur de Jacques Chirac. 

Nicolas Sarkozy est soupçonné d’avoir entretenu des accords financiers et administratifs avec le gouvernement libyen et son dictateur, Mouammar Kadhafi. Ces accords auraient fait l’objet de transferts d’argent, entre 2005 et 2007, de la part de la Libye, par l’intermédiaire notamment d’un homme d’affaires franco-libanais, Ziad Takieddine, afin de financer la campagne électorale de 2007 du futur président, à l’époque ministre de l’Intérieur. Cet intermédiaire a permis d’organiser des rencontres secrètes entre le directeur de cabinet du ministre, Claude Guéant, et Abdallah Senoussi, vice-président des services de renseignement libyens. Ce dernier était alors sous mandat d’arrêt international pour avoir commandité l’attentat sur le vol UTA 772, ayant fait 170 victimes dont 54 Françaises. En contrepartie de cet argent, et avec Sarkozy au pouvoir, la France aurait permis à la Libye un rétablissement des relations diplomatiques sur la scène internationale et conclu d’autres contrats commerciaux. En 2013, une enquête est ouverte pour corruption, détournement de fonds publics et financement illégal de campagne à la suite de la publication d’un document qui l’incrime, par Mediapart. Ce document est un accord signé par le directeur des services secrets extérieurs et destiné au directeur de cabinet de Kadhafi, qui évoque le soutien financier, à concurrence de 50 millions d’euros, des ambitions présidentielles de Nicolas Sarkozy. Aujourd’hui, et comme au moment de sa divulgation, l’ancien président nie son authenticité. Le 25 septembre dernier, il est ressorti que le plus probable est que ce document soit un faux. 

Pourtant, il reste encore des détails incriminants. Au terme de l’enquête, les juges d’instruction découvrent qu’il y avait bien eu du cash non déclaré ayant circulé pendant la campagne pour lequel aucune justification convaincante n’a été donnée. 

Après plus de 10 ans et à l’issue d’un procès colossal, le tribunal a finalement relaxé Monsieur Sarkozy des chefs de “financement illégal” et “corruption”, mais l’a toutefois condamné à 5 ans de prison pour “association de malfaiteurs”. Le jour de son entrée dans la maison d’arrêt de la Santé, il décrit cette décision comme “un scandale judiciaire”. Aujourd’hui remis en liberté, il continue à proclamer son innocence et affirme sur X : “Mon énergie n’est tendue que vers le seul but de prouver mon innocence”. 

Edité par Laura Jacson

Sources: 

​​https://www.leclubdesjuristes.com/observatoire-de-la-reforme-constitutionnelle/justice-observatoire-de-la-reforme-constitutionnelle/condamnation-de-nicolas-sarkozy-tout-comprendre-au-mandat-de-depot-12242/

https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/l-esprit-public/sarkozy-sort-de-prison-dans-quel-etat-sort-la-democratie-5900746

https://www.ouest-france.fr/politique/nicolas-sarkozy/bonne-nouvelle-il-doit-y-retourner-les-reactions-a-la-remise-en-liberte-de-nicolas-sarkozy-3bef9062-be31-11f0-8cb4-6688b3edc317

https://www.lemonde.fr/societe/article/2025/11/10/nicolas-sarkozy-va-sortir-de-prison-apres-vingt-jours-de-detention-ordonne-la-justice_6652851_3225.html

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