Des blocus aux inégalités : les lycéens en colère contre l’école française

de Mathilde Laprée

Manque de professeurs, classes surchargées, bâtiments dégradés… Depuis plusieurs semaines, des lycéens se mobilisent pour dénoncer leurs conditions d’apprentissage. Mais derrière les blocus et les affrontements, il y a aussi une question de fond: l’école donne-t-elle vraiment les mêmes chances à tout le monde ?

De Créteil à toute la France

Le 21 septembre 2026, au lycée Saint-Exupéry de Créteil, des élèves se mobilisent après une grève des enseignants contre le manque de personnel. En huit jours, 410 actions sont recensées dans les lycées du pays selon Le Monde. Le 6 octobre, selon le ministère de l’Intérieur, 266 000 personnes manifestent en France.

Les revendications concernent des problèmes que beaucoup d’élèves connaissent: des professeurs absents, des classes trop chargées et des locaux parfois dégradés.

« On a commencé sans prof de maths, alors que l’année dernière, on n’avait eu que pendant trois mois un prof de maths. C’est surtout pour le bac de maths que je me suis inquiété. »
Amine Bourada, élève de terminale au lycée Saint-Exupéry de Créteil, interrogé par TF1 Info. À cela s’ajoutent les inquiétudes liées à l’orientation et à Parcoursup. Car, selon le lycée où l’on étudie, les conditions ne sont pas les mêmes. Même des établissements réputés favorisés, comme Louis-le-Grand et Henri-IV à Paris, rejoignent la mobilisation en soutien.

« Ils voulaient le bac, on leur ramène la BAC »

Ce slogan a marqué la mobilisation, qui a aussi été ponctuée d’affrontements avec les forces de l’ordre. Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, dénonce les violences, tandis que le gouvernement accuse La France insoumise de chercher à récupérer le mouvement.
Les affrontements ont fait de nombreuses victimes et plusieurs lycées ont été endommagés. À Saint-Ouen-l’Aumône, un adolescent de 14 ans a notamment eu la mâchoire fracturée après un tir de grenade lacrymogène. Une enquête de l’IGPN a été ouverte. Ces faits sont graves et soulèvent des questions sur le recours à la force par les policiers et sur les limites de leurs interventions. Mais si l’on ne retient de cette mobilisation que les violences, on passe aussi à côté de ce qui a poussé les élèves à descendre dans la rue.

Les blocus ont aussi leurs limites: ils empêchent parfois d’autres élèves d’aller en cours et compliquent le quotidien des familles. On peut donc critiquer certaines méthodes sans balayer les revendications d’un revers de main. Car, une fois les blocages terminés, les problèmes dans les établissements seront toujours là.

Une génération qui se bat ?

On entend souvent que la génération Z est fainéante, individualiste ou désintéressée. Pourtant, quand leurs études et leur avenir sont en jeu, beaucoup de jeunes sont prêts à se mobiliser. Ça ne veut pas dire que tous pensent pareil ou que toutes les méthodes sont justifiées. Mais difficile de dire que les lycéens ne s’intéressent à rien.

Reste maintenant à savoir si les annonces du gouvernement sur le remplacement des enseignants absents et Parcoursup seront suivies d’effets.

Les lycéens ne veulent pas le monde, juste être pris au sérieux.

Sources :

  • Le Monde – « Le blocage des lycées prend de l’ampleur et oppose La France insoumise et le gouvernement » 28 septembre 2026
  • Le Monde – « Blocage des lycées : en banlieue parisienne, les élèves veulent se faire entendre sur leur quotidien et “contre l’injustice” » 29 septembre 2026
  • Radiofrance – « Mouvement lycéen : plus de 250 000 manifestants dans toute la France » – 6 octobre 2026
  • TF1 Info – « “C’est nous, l’avenir” : dans le lycée de Créteil d’où est parti le mouvement de blocage… » 3 octobre 2026
  • Amnesty International France – « Mouvement lycéen : des mineurs face à la répression des forces de l’ordre » Octobre 2026

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